Rendez-vous à l’Élysée pour la coordination rurale

Publié le 29 Octobre 2010

17                                                                                              

Monsieur Christophe Malvezin, conseiller agricole du Président de la République.

Une délégation composée de Philippe Ribault, Président de la CR 28 et CR Centre, Jean-Pierre Fétiveau, Président de la CR 37, Gilles Pillias, Trésorier de la CR Ile-de-France, Jérôme Lespagnol, Secrétaire Général des Jeunes Agriculteurs CR 37.

P. Ribault débute l’entretien sur les questions environnementales. Le Ministre a parlé d’un moratoire avant de se rétracter.

C. Malvezin ne répond rien sur cet hypothétique moratoire. Un agriculteur qui n’a que des bonnes terres répugne à en sacrifier une partie en tant qu’éléments topographiques (ET).

Il a y pour l’agriculteur une biodiversité utile et une biodiversité inutile ou nuisible. Le conseiller du Président est conscient de tout cela. 

J.-P. Fétiveau explique qu’en Indre-et-Loire le paysage est diversifié et que les ET peuvent l’être également. Ils sont réservoirs de biodiversité mais aussi de nuisibles de type pucerons et cicadelles. Il ajoute que la gestion des bords de routes par le Conseil Général est ubuesque.

A cause du fauchage tardif, les chardons prolifèrent mais sont auréolés du prestigieux statut de la biodiversité tandis que les agriculteurs qui en laissent dans leurs champs sont sanctionnés. Les routes vont-elles devenir des « trames vertes » ?

On marche sur la tête et tous les départements représentés (37, 28, 91) sont concernés.

M. Malvezin est complètement d’accord.

M. Ribault évoque une action menée contre la DDT28 le 20 septembre, le chef du service environnement étant un clone de Dominique Voynet. La CR a débarqué en envahissant son bureau de chardons. 

M. Malvezin répond que le Chef de l’Etat est parfaitement conscient de tout cela. Le métier d’agriculteur consiste à produire. C’est un métier technique, agronomique. Toute mesure environnementale doit être évaluée d’abord en fonction des distorsions de concurrence qu’elle implique par rapport aux autres pays européens.

M. Fétiveau pense que l’on a besoin dans l’administration d’agronomes écologues et non d’écologistes dogmatiques. La jachère a été supprimée par Barnier en 2008 mais la SET est une jachère déguisée obligatoire.

J. Lespagnol ajoute que la SET ne figure pas sur le dossier PAC ce qui est problématique. 

J.-P. Fétiveau fait le point sur la crise des filières animales notamment avicole et bovine. Les éleveurs ne peuvent répercuter la hausse du prix de l’aliment. Leur revenu, qui fond comme neige au soleil, sert de variable d’ajustement à toute la filière.

J. Lespagnol précise que les industriels ne sont jamais revenus sur les augmentations de prix passées en 2007 quand les cours ont baissé en 2009-2010.

Selon M. Fétiveau, l’impact des retours de DPU sur l’élevage sera quasi-nul. Contrairement à ce que les médias laissent entendre, les prix actuels des céréales sont enfin corrects car rémunérateurs. 

M. Malvezin pense que les céréaliers et les éleveurs doivent se concerter afin d’éviter les intermédiaires mais la libre commercialisation des grains prônée par la CR a été refusée lors du vote de la LMA, à cause du lobby coop-FNSEA. Beaucoup de céréaliers ont vendu à 100 €/T et il n’est pas normal que le prix de l’aliment explose.

M. Malvezin sait que les meuniers ont encore du stock de 2009 à 100 €/T et pourtant le prix de la farine augmente. Par contre, le conseiller ne semble pas comprendre que les coopératives ne travaillent plus pour leurs sociétaires mais pour elles-mêmes.

Il croit que les agriculteurs ont encore du pouvoir dans leur coop mais l’ensemble de la délégation le dément formellement.

La délégation insiste : la clé du problème, ce sont les prix rémunérateurs.

G. Pillias explique qu’avec un revenu suffisant, l’agriculteur peut se prémunir lui-même des risques climatiques. La CR n’est pas opposée aux assurances mais l’on peut se passer de cette charge supplémentaire qui constitue une rente de situation pour les assureurs. 

La France prendra le 12 novembre la présidence du G-20. Nicolas Sarkozy veut aborder le thème de la régulation.

1) Il y a un problème de transparence sur l’état des stocks dans le monde.

2) Il faut poser la question de la régulation des marchés de matières premières agricoles.

3) Il faut une gouvernance mondiale plus forte. Une décision unilatérale de la Russie a par exemple de graves conséquences sur les marchés.

Ces questions opérationnelles sont non résolues aujourd’hui nous explique le conseiller agricole qui pense qu’une sortie de l’agriculture de l’OMC n’est pas directement intéressante.

Il y a d’autres solutions selon le Président de la République.

Concernant la PAC 2013, Nicolas Sarkozy pense que les mesures environnementales en hausse justifient de maintenir une protection tarifaire et des mesures d’intervention. Il faut rémunérer correctement les producteurs qui ont des normes plus lourdes.

Cependant, il ne faut pas tomber dans un protectionnisme outrancier. Certains veulent réduire ou verdir le 1er pilier mais le Président sera intransigeant sur le budget. Il s’opposera à toute réduction s’il n’y a pas de nouveaux outils de protection aux frontières, justifiées par des normes environnementales plus contraignantes.

Le Chef de l’Etat n’ambitionne pas de remettre une couche environnementale sur le 1er pilier qui a pour vocation les aides à la production.

M. Malvezin a conscience que les règles de conditionnalité sont trop « tatillonnes ». 

J.-P. Fétiveau rappelle succinctement les grandes mutations de l’agriculture : certains se sont agrandis en dévorant leur voisin qui lui a disparu. Globalement, les revenus ont diminué et la charge de travail considérablement augmenté. Ainsi, les conditions de vie des exploitants se sont fortement dégradées. Les agriculteurs veulent du concret concernant leur revenu, pas des promesses plus ou moins fumeuses.

Le conseiller du Président répond que N. Sarkozy s’est déjà opposé à la Commission pour maintenir une PAC régulatrice, contre l’avis des pays libéraux (Royaume-Uni, Suède, Estonie). En juillet 2008, il s’est opposé à la fermeture du cycle de Doha (OMC).

Au Conseil de l’UE en 2009, il a demandé une régulation pour le lait. Il faut maintenant profiter de la présidence du G-20.

M. Fétiveau comprend qu’il y a un agenda officiel mais l’impatience des agriculteurs qui attendent des solutions pour leur revenu est prégnante. 

J. Lespagnol abonde dans ce sens : la base voit son revenu s’effondrer, les installations sont rares. On prend les agriculteurs pour des numéros (cf. comportement de Bel dans le 37). Nous travaillons 70h par semaine pour ne rien gagner. Le week-end dernier, le Président était en Suisse pour le sommet de la Francophonie :

M. Lespagnol a vraiment l’impression en écoutant le discours du Président qu’on veut réguler les marchés mais par un prix à la baisse pour les exploitants, ce que réfute M. Malvezin. La base de toute régulation digne de ce nom : DES PRIX REMUNERATEURS.

M. Malvezin évoque les usages non alimentaires qui pourraient diversifier les sources de revenus. G. Pillias pense que les industriels ne paieront jamais la matière première à prix rémunérateur. 

J. Lespagnol explique que beaucoup de structures se libèrent, mais les jeunes sont difficiles à motiver, faute de prix rémunérateurs. M. Fétiveau ajoute que dans 10 ans, le problème de transmission des outils de production sera encore plus aigu.

Peut-être que c’est l’agro-industrie qui reprendra les fermes, conclut G. Pillias.

 ET = éléments topographiques

Source :

 

Mr Christophe Malvezin, Jeune agriculteurs 24

Rédigé par Didier

Publié dans #Europe

Repost 0
Commenter cet article