Etonnant article de "Marianne" sur le pluralisme syndical

Publié le 18 Septembre 2010

 

Sans titre 118Alors que les agriculteurs français sont de plus en plus pris à la gorge, le monde syndical de l'agriculture ne se porte guère mieux.

Pour préserver son monopole, la FNSEA n'hésite pas à écraser ses concurrents syndicaux tout en restant sourde aux exigences de sa base. Une attitude peu démocratique qui a pourtant reçu l'aval du ministère de l'Agriculture.

Alors que la production laitière française traverse l’une des crises les plus graves de son histoire, l’UMP et la FNSEA continuent de se comporter comme si l’agriculture française était leur propriété ou leur domaine réservé.

Alors qu’en août, une nouvelle mascarade était orchestrée pour fixer le prix du lait et faire croire aux citoyens que les problèmes étaient résolus, les instances officielles humiliaient une fois de plus les producteurs en leur imposant des tarifs bien insuffisants et des contraintes supplémentaires de compétitivité sur la base de contrats obligatoires décidés par la Loi de Modernisation Agricole votée cet été.

Sourde à l’indignation de sa base, non contente de tout contrôler (sans avoir l’air d’y toucher), de la Mutualité Sociale Agricole (MSA) aux chambres d’agriculture, en passant par le Crédit Agricole, la FNSEA entend perpétuer son monopole représentatif comme si elle était la seule à exister dans le paysage syndical.

Chaque fois qu’elle le peut, la centrale aux ordres des lobbies s’oppose-t-elle ainsi à ce que les deux autres syndicats agricoles représentatifs, à savoir la Confédération paysanne et la Coordination rurale, puissent intégrer les instances de décisions qu’elle domine depuis leur création.

Personne ne nie à la FNSEA son rôle de syndicat majoritaire, et les dernières élections aux chambres départementales d’agriculture ont montré qu’elle conservait une avance certaine sur ses concurrents, même s’il est acceptable de penser que sa position hégémonique, et les instruments de pression qui en découlent, lui donnent les moyens de se maintenir en tête.

Toutefois, le suffrage universel étant ce qu’il est, nul ne conteste le leadership de la FNSEA.

En revanche, au nom de ce même suffrage universel, elle doit accepter de « se pousser » et d’accorder aux autres organisations syndicales la place qui leur revient. C’est une question de démocratie.

Hélas, rien ne semble aller dans ce sens, bien au contraire. Et quand Bruno Lemaire, ministre de l’Agriculture, déclare, en plein débat sur la loi de modernisation agricole : « Je suis favorable au pluralisme syndical, mais je ne souhaite pas qu’il soit inscrit dans la loi », il annonce clairement sa volonté de laisser à la FNSEA le monopole abusif qu’elle exerce sur certains organismes interprofessionnels.

La situation est même parfois scandaleusement injuste. (lire le lien)

Ainsi en est-il du Centre national interprofessionnel de l’économie laitière, le CNIEL, entièrement contrôlé par la FNPL (Fédération nationale des producteurs de lait), qui n’est autre que la filiale laitière de la FNSEA.

Institution très importante créée en 1973, le CNIEL fournit les indicateurs pour fixer le prix du lait et assure la promotion de la filière. Ses pouvoirs vont d’ailleurs être accrus par la loi de modernisation votée en juillet 2010.

La porte du CNIEL, où ont été signés tous les accords sur les tarifs laitiers depuis 18 mois, reste pourtant fermée à tous les autres syndicats dont les membres s’acquittent cependant de la Cotisation volontaire obligatoire (CVO) avec laquelle est financée cet organisme interprofessionnel.

La crispation est donc à son comble entre une FNSEA, soutenue par l’UMP et protégée par le gouvernement, qui refuse de partager les sièges du CNIEL alors qu’elle n’y est plus majoritaire, et les autres syndicats qui demandent que soit simplement respectée la démocratie et appliqués les principes de l’État de droit.

Périco Légasse - Marianne | Mercredi 15 Septembre 2010

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Rédigé par Didier

Publié dans #Producteur laitier

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