Guerre économique agricole

Publié le 11 Novembre 2010

1-copie-1Salon Ferme Expo à Tours - Vendredi 5 novembre 2010.

Compte-rendu de la conférence, avec Thierry Pouch, économiste, Philippe Mangin, Président de Coop de France, Guy Vasseur, Président de l’APCA, Patrick Cintrat, Président la Chambre 37

Thierry Pouch :

L’économiste évoque le déclin de la France : de 1995 à 2009, elle a perdu 35% de parts de marché sur les produits agricoles. L’Allemagne est passée devant nous en 2005 et le Brésil nous dépassera prochainement.

La compétitivité se définit comme la capacité à pénétrer sur les marchés extérieurs et surtout à résister sur les marchés intérieurs. C’est une guerre économique qui s’ouvre sur le front agricole et la France est en perte de vitesse : par exemple son ratio - fonds recherche / PIB - est très inférieur à celui de l’Allemagne.

Guy Vasseur :

Le Président de l’APCA revient sur les règles qui fluctuent en permanence et les distorsions de concurrence subies par la France.

En Allemagne, le coût de la main d’œuvre est moindre et ce pays applique la directive Bolkenstein, directive qui permet de faire travailler des polonais en Allemagne aux charges sociales polonaises, alors que la France a choisi de ne pas l’appliquer.

Les 35 heures sont aussi une distorsion majeure, on l’oublie trop souvent.

Au niveau des règlementations fiscales, sociales, environnementales, administratives, la France en rajoute sans cesse et cela augmente les coûts de production. Il n’y aurait qu’à appliquer les propos de N. Sarkozy : s’aligner sur ce qui se fait au niveau européen sans en rajouter en se tirant une balle dans le pied (NB : Guy Vasseur est membre de l’UMP).

Nos productions sont quasiment toutes « délocalisables, à part le Bordeaux et le Roquefort ! » Les agriculteurs ont besoin d’une accélération de la recherche qui doit apporter des réponses. La France ne doit pas rester spectatrice en matière de biotechnologies.

Les allemands arrivent à davantage s’autofinancer que les agriculteurs français qui vont à l’emprunt bancaire et s’enferment dans une dépendance négative.

Le comportement de la grande distribution est intolérable : en faisant la course au prix le plus bas, elle détruit des emplois.

Philippe Mangin :

Philippe Mangin explique que l’on ne peut pas rechercher à être les moins chers du monde : c’est perdu d’avance. Par contre, il faut gagner en efficacité et en compétitivité. Le contexte est à l’immense croissance des débouchés au niveau mondial. Le carnet de commandes des filières ne va cesser d’augmenter.

Le débat sur la PAC 2013 est très important : il ne faut pas trop la verdir car l’essentiel est de produire, surtout quand on voit une malnutrition qui ne cesse d’augmenter dans le monde. L’Europe grâce à sa production régulière et de qualité peut gagner en parts de marché.

Pour Philippe Mangin, nos filières sont moins bien organisées. Pour être présents sur les marchés extérieurs, il faut des groupes coopératifs puissants (taille critique). Il faut faire émerger quelques grands leaders de l’agroalimentaire sous forme coopérative.

Questions de Jean-Pierre Fétiveau :

Jean-Pierre Fétiveau, Président de la CR 37 pose les questions du libre commerce des céréales (actuellement, un céréalier n’a pas le droit de vendre à son voisin éleveur), de la TVA sociale (qui allégerait le coût du travail), de la contractualisation synonyme d’intégration (il n’y a qu’à lire les projets actuels de contrats…).

P. Mangin répond que c’est grâce à une filière structurée avec l’agrément des organismes stockeurs qu’on obtient des statistiques aussi fiables. Avec une bonne connaissance des marchés, nous sommes plus compétitifs. Grâce à cet outil, nous avons pu conquérir le marché en Egypte. Détruire ce système serait un recul pour la filière. J-P Fétiveau précise que sans démanteler le système, on pourrait permettre le libre commerce dans un rayon de proximité.

P. Mangin souhaite promouvoir les contrats qui donnent du pouvoir économique aux exploitants, qui isolément ne peuvent rien faire. Il faut des coops puissantes qui valorisent le produit fourni par les exploitants.

Avis : plus elles sont puissantes, moins elles rémunèrent l’agriculteur !

Guy Vasseur répond sur la TVA sociale qu’il y est favorable mais elle a été enterrée avant d’être mise en place.

(NB : J.-L. Borloo l’avait carbonisée face à L. Fabius en 2007). Certains à l’UMP en reparlent sous un autre nom : mesure « anti-délocalisation ». Le nom de « TVA sociale » n’est plus politiquement vendeur. J-P. Fétiveau précise que Lemétayer s’est emparé du concept alors que la Coordination Rurale en parle depuis 10 ans.

Les grands oubliés de la conférence sont les agriculteurs eux-mêmes et surtout leur revenu. Coop de France veut des coopératives fortes avec des agriculteurs intégrés qui livrent leurs produits à bas prix. La compétitivité des filières n’est visiblement pas synonyme de revenu digne pour les agriculteurs.

Un éleveur laitier conclut ainsi la conférence :

" Beaucoup d’exploitants ont disparu et disparaîtront encore!

Où s’arrêtera donc la course à la compétitivité ?

Même l’économiste prix Nobel Maurice Allais l’avait écrit il y a 20 ans : on va dans le mur avec ce libéralisme à outrance ! "

 

APCA : Assemblée Permanente des Chambres d'Agriculture

Thierry Pouch économiste :

Philippe Mangin, Président de Coop de France

Pac après 2013 selon Guy Vasseur

Patrick Cintrat, Président la Chambre 37 

Malaise des agriculteurs

Jean-Pierre Fétiveau

Rédigé par Didier

Publié dans #Agriculture; Agriculteur

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